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La Convention d’Istanbul: une illustration de la précarité des droits des femmes

Image: The rooftops of Istanbul, Turkey, on a sunny day.

Partout dans le monde, la pandémie et, surtout,  les confinements prolongés ont aggravé les actes de violence à l’égard des femmes. Pour des femmes déjà dans une position précaire, la situation se dégrade. En Turquie, les débats portant sur la Convention d’Istanbul illustrent la précarité des droits des femmes. 

La Turquie: un retrait possible de la Convention d’Istanbul

Introduite en 2011 et ratifiée par le Parlement turc en 2012, la Convention d’Istanbul adresse spécifiquement la violence contre les femmes. Ironiquement, le meurtre violent et barbare d’une jeune femme turque, Pınar Gültekin, a engendré des manifestations passionnées contre le féminicide. Étranglée par son ex-conjoint, son corps a été retrouvé dans une forêt. Alors qu’en Turquie, 182 femmes ont été assassinées depuis le début de la pandémie, des politiciens turcs s’expriment contre la ratification de cette convention. Après la découverte du corps de Pınar Gültekin, les citoyens turcs sont descendus dans les rues le 21 juillet afin de s’opposer au retrait de la Convention d’Istanbul. 

Étranglée par son ex-conjoint, son corps a été retrouvé dans une forêt.

Signée par 45 pays et ratifiée par 34, la Convention d’Istanbul vise à empêcher les crimes sexistes, à fournir une protection et des services adéquats aux victimes ainsi qu’à assurer la poursuite de ceux qui perpétuent la violence contre les femmes. Cependant, le 2 juillet, Numan Kurtulmuş, le vice-président du Parti de la justice et du développement (AKP), a déclaré que la ratification de cette Convention par la Turquie constituait une « erreur ». 

Une situation précaire en Pologne

Également en Pologne, le gouvernement a lancé le 27 juillet une procédure de dénonciation de cette convention. Selon Zbigniew Ziobro, le ministre de la Justice polonais, le traité a été créé pour “justifier l’idéologie gay.” Le politologue Jérôme Heurtaux a ajouté que “Cette convention [d’Istanbul, NDLR] irait contre les intérêts de la famille. Or, pour le PiS (Droit et Justice), la famille est sacrée. Il y a une conception de la société différente de celle mise en avant par la convention comme par l’opposition démocratique polonaise.” En même temps, la Pologne est considérée comme un des pays européens où le droit à l’avortement est le plus restrictif. Depuis 1993, il n’est autorisé que dans trois cas: viol ou inceste, danger pour la vie de la mère et malformation du fœtus. 

“N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.”

Simone de Beauvoir a dit que “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.” Les discours contre les droits des femmes partout dans le monde nous révèlent sans cesse sa vérité. Selon une enquête menée par YouGov en février 2018, 34% des femmes britanniques se considéraient être féministes contre 51% qui ont répondu “non” et 15% “je ne sais pas.” En France, la même enquête a trouvé que moins de la moitié des individus sondés se sont déclarés être féministes. Mais pourquoi, dans un monde où les droits des femmes sont menacés, si peu de personnes se déclarent être féministes?  La situation précaire des femmes en Turquie et en Pologne illustre en effet l’importance du travail des militantes pour l’application réelle de l’égalité entre les deux sexes. 

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